Comment on en est arrivés là…

Minimalistes, nous ne l’avons pas toujours été.
Minimalistes, nous sommes quand même consommateurs. De gré, ou de force.

Le film ci-dessous, de Gene Brockhoff, est intitulé "Consommer à en mourir".
Il retrace en quelque sorte l’histoire de la consommation, aux Etats-Unis (et chez nous, puisque notre société n’est que peu différente) depuis une cinquantaine d’années. Un demi-siècle terrible, en passe de bouleverser notre monde. 50 minutes à voir jusqu’au bout avant le grand tri (et les bonnes résolutions).

Pour info, j’ai découvert ce film sur le blog Simplifier sa vie : http://www.simplifiersavie.com/la-surconsommation-consommer-a-en-mourir/

Le grand tri

Pièce vidée

Déménager. Aménager.

Entre ces deux moments, le “Grand Tri” nous a fait passer de “bordéliques" amasseurs à “minimalistes économes”.
Cette période a duré presque deux mois.
Chaque jour, nous avons trié, examiné, jeté, donné, vendu…

Nous n’avons pas suivi de méthode, de règle. Nous avons juste essayé de se poser des questions simples sur nos possessions :
– est-ce un objet utile?
– est-ce un objet que nous utilisons?
– un autre objet a-t’il la même fonction? cette fonction est-elle indispensable? Si oui, peut-elle être remplie autrement? (exemple du placard contenant une cocotte-minute, un cuit-vapeur électrique et une marmite)…
– prend-t’il trop de place par rapport à sa fonction?
– est-ce que cet objet existe en double dans la maison?
– est-ce que nous y tenons? si oui, pourquoi?
– est-ce que nous pouvons nous en passer?
– etc.

Nous avions toujours sur le balcon un grand sac poubelle (à jeter) et un gros carton (à donner).
Nous avons vidé notre chambre. Nous avons dormi sur le canapé du salon lors de cette phase de tri. Dans cette chambre vide, nous avons mis, au fur et à mesure, les cartons du déménagement : tout ce que nous avions décidé de garder.

Il y a eu de véritables “séances” : vider la bibliothèque, trier la vaisselle, épurer le stock de linge de maison… Les sacs pleins partaient rapidement (à Emmaüs, à la bibliothèque municipale pour les livres, à la ludothèque pour les jouets…), souvent le week-end.

Mais généralement, le tri se faisait au quotidien. Chaque objet utilisé était tout à coup jugé, soupesé.
Je me maquillais le matin? En 15 minutes, la trousse à maquillage se trouvait allégée : à la poubelle les khöls ou rouges à lèvres périmés, trop gras, pas assez gras, aux couleurs démodées ou plus du tout en accord avec mes goûts.
Nous cuisinions un gratin? C’était l’occasion de choisir quel était LE plat idéal parmi les 4 disponibles.
Nous repassions du linge? Nous faisions un tri des vêtements à donner ou à jeter.

Certains objets partaient très aisément dans la boîte “à donner” ou dans le sac poubelle (si l’objet n’était pas “donnable” : trop abîmé, incomplet, ou trop personnel).
D’autres nous ont donné plus de fil à retordre. Il y a eu de nombreuses hésitations, des discussions, quelquefois animées. Les objets “souvenirs”, surtout, nous ont mis face à certaines contradictions.
Nous avons eu pas mal de scrupules face aux nombreux livres que nous possédions. S’en débarrasser, c’était une vraie coupure : on nous a enseigné un respect des livres, en tant qu’objets, proche du fétichisme. Mais la bibliothèque a été vidée en une semaine : chaque livre est passé entre nos mains. Mais nous en avons conservé pas mal. Lors de l’aménagement, un second tri s’est fait (et un troisième il y a quelques semaines, soit 6 mois plus tard).
Certains objets auxquels on tient, ceux qui ont une “histoire”, les souvenirs, les livres, ne partent pas toujours “en une seule fois”. Il faut un peu de temps, de la réflexion. Et le temps bouillonnant du déménagement ne permet pas toujours de faire ce tri au calme. Il vaut mieux donc, alors, “reporter” le tri, et s’y remettre lorsqu’on est prêt.

Tout y est passé : vêtements, chaussures, bijoux, salle de bains, linge de lit, serviettes de toilette, livres, appareils électronique, électroménager, meubles, jouets des enfants (avec leur autorisation seulement, et toujours avec eux), gadgets, décoration, affaires de camping, etc.

Puis nous avons emménagé.
Appartement clair. Pas grand (pas autant que celui que nous quittions).
Mais résolument zen.
Peu d’objets, peu de meubles. De l’espace.

Nous étions enfin chez nous!

Le pic des objets

Si l’on devait la caractériser en des termes mathématiques, la trajectoire de notre civilisation serait une courbe exponentielle. Tout au long du XXe siècle, la consommation d’énergie et de ressources naturelles — et donc logiquement les émissions de gaz à effet de serre — s’est accrue de concert avec la démographie.

Mais aujourd’hui, serions-nous arrivés à un plateau ? Aurions-nous commencé à réduire notre consommation, ou du moins à la stabiliser ? La parcimonie serait-elle en voie de devenir le nouveau luxe ? C’est ce que pressent une récente étude, qui estime que la Grande-Bretagne, pays à l’origine de la révolution industrielle et l’une des nations les plus riches au monde, aurait atteint un seuil maximum d’objets possédés par chaque habitant, avant de voir cette quantité décliner. C’est le "peak stuff" ("pic des objets"), dans la veine du peak oil (pic pétrolier) ou du peak gas (pic gazier)." Lire la suite de cet article

Voilà le début d’un article d’Audrey Garric, journaliste, publié sur son blog Eco(lo).
Je cherchais depuis quelque temps une expression capable de décrire ou d’expliquer le moment qui a tout déclenché : pour nous, il y a eu un AVANT et un APRES le minimalisme. Mais qu’est-ce qui a fait que nous sommes passés d’un mode de vie très classique et banal à cette recherche (cette quête… ?) minimaliste?
Le "pic des objets" est une expression qui illustre de manière simple et claire le début du processus qui nous a amenés vers cette recherche de la simplicité. L’article d’Audrey Garric traite d’un sujet bien plus large, mais la tendance que la journaliste décrit me paraît être très proche de notre expérience.

Nous avions  atteint une sorte de pic des objets. L’abondance est devenue "trop plein". "Attention, ça déborde!" dit une publicité…. Nous possédions de tout, beaucoup, trop. Nous ne sommes pas riches, mais seulement habitués à cette opulence de "pays riche", qui fait que nous avons tant sans nous en rendre compte.

Puis, il y a un an environ, divers articles (presse Web essentiellement) retraçant les expériences de ces minimalistes américains qui limitaient leur possessions à quelques centaines ou quelques dizaines d’objets nous ont chamboulés : il y avait donc des gens qui ne possédaient que très peu, volontairement, et qui étaient heureux!

Je ne me suis pas mise à compter tous les objets que je possédais, la tâche aurait été surhumaine ;)
Mais j’ai commencé à regarder mes placards d’une autre façon. Petit à petit, j’ai pris conscience du TEMPS que je passais à utiliser, mais également ranger, nettoyer, déplacer tous ces objets. J’ai réalisé la place qu’ils prenaient dans notre logement et dans notre vie.
J’imaginais ne pas pouvoir "survivre" sans une batterie complète de casseroles (6 casseroles alors que je n’utilise le plus souvent que 2 feux simultanément sur ma cuisinière), mes 30 pantalons, mes 20 vestes, mes 40 T-shirts (et bien sûr je n’avais "rien" à me mettre), mes 35 paires de chaussures (dont la moitié me provoquaient douleurs et ampoules, surtout les plus jolies), mes 600 livres, mon gros panier plein de bijoux fantaisie, ma trousse de maquillage rebondie (je ne mets pourtant qu’un peu de mascara et d’ombre à paupières), les appareils photo (un par "époque" : reflex argentique, compact argentique, 2 ou 3 appareils photo numériques, de plus en plus perfectionnés), les collections complètes de magazines (plus du tout d’actualité bien sûr), les boîtes pleines de photos ou de négatifs… et je ne parle même pas des objets appartenant aux enfants!

Lorsque, quelques mois plus tard, nous avons enfin décidé d’acheter un appartement (afin de cesser de payer un loyer "dans le vide"), le grand tri a pu commencer…

Devenir minimalistes

Minimalistes. Voilà, cela fait donc plus de 6 mois que nous sommes engagés dans une démarche minimaliste, dans de nombreux aspects de notre vie.

Mais avant ? Qu’étions-nous ?

Est-ce que devenir minimaliste (ou tenter de l’être) est affaire de tempérament, de décision, de révolution ?
L’aboutissement d’une longue réflexion ? Ou le début ?
Un ras-le-bol de l’abondance ? Un désir de qualité (qualité de vie, qualité des objets, qualité des moments) ?
Un engagement politique ? philosophique ? spirituel ? Un mode de vie radical ? Ou radicalement à la mode ?
Un truc de riches, de nantis ? Ou un effet de la crise économique ?

Un peu tout cela…

Et aussi une libération, un véritable changement . L’expression de valeurs essentielles, profondes et simples. Une voie vers d’autres manières d’aborder la vie, et notamment la vie quotidienne. 

Etre libéré des efforts et de la confusion

Le minimalisme, c’est la simplicité. Le contraire de la complexité. Une petite phrase, trouvée sur Wikipédia me semble bien illustrer ce processus : « La simplicité signifie aussi le fait d’être libéré des efforts et de la confusion, bien qu’arriver à la simplicité depuis la complexité puisse créer ces problèmes ».

C’est exactement cela : être libéré des efforts et de la confusion.
Moins d’objets, c’est :

-           plus d’espace.
–           moins de ménage ou de nettoyage.
–           plus de temps
–           moins de dépenses inconsidérées

Un chemin fait de choix

Mais ce chemin vers une vie plus simple, sobre, minimaliste, n’est pas linéaire. Il est fait de nombreuses réflexions, d’une découverte de soi dans de nombreux aspects (personnel, économique, professionnel, familial, etc.). Il est également fait de choix.

Lorsqu’on est minimaliste, on choisit d’avoir moins, mais mieux.

Prendre le temps de choisir soigneusement l’Objet unique qui va exercer LA fonction que nous lui assignons. Le choix de ne plus être possédé par les objets.
Choisir de se séparer d’un objet ou choisir de ne pas en acquérir un, est un acte quasi-quotidien.

Jeter 

Etre minimaliste, c’est aussi quelquefois une manière de se confronter à ses propres certitudes, ses convictions, ses valeurs. Décider de jeter un objet au lieu de l’utiliser a pu me heurter au début : une forme de gaspillage ?
Alors que la Simplicité volontaire induit la réutilisation, le recyclage, la seconde vie des objets, le minimalisme tel que nous le pratiquons est fait de coupes franches, d’objets jetés (ou donnés) sans état d’âme (ou presque) s’ils sont inutiles ou inutilisés. (Simplicité volontaire et Minimalisme sont deux concepts différents. Ils peuvent être complémentaires ou en opposition, selon la pratique que l’on en fait).

Cette capacité à jeter ou à se débarrasser d’objets inutilisés nécessite une bonne connaissance de soi et de ses pratiques quotidiennes. Une lucidité aussi. C’est un entraînement : on commence petit. Au début, jeter peut même paraître violent, ou égoïste.

Lorsque j’utilise le terme « jeter », c’est plutôt dans le sens : « sortir cet objet de chez moi ». Si l’objet est vieux, abîmé, ou si sa réutilisation par quelqu’un d’autre est une supposition, je jette. Dans la poubelle (ou je recycle, selon la matière qui le compose). Si l’objet est en bon état, utilisable ET utile, je le donne. A des associations comme Emmaüs ou le SPF par exemple. A des amis ou des proches, seulement si l’objet leur est particulièrement destiné (car, nourrissant secrètement le désir de les voir tous « tomber » dans le minimalisme, je ne vais pas surcharger leur intérieur avec mes propres rebuts).

Mais alors, sommes-nous d’horribles gaspilleurs ? Nous jetterions sans vergogne n’importe quoi ?

Dans cette pratique du minimalisme, jeter est à la fois un acte quotidien et un passage.

Avant de vivre dans un endroit sobre et épuré, il nous a fallu trier, choisir, puis jeter des dizaines (des centaines) d’objets. Puis, notre lieu de vie « assaini » et simplifié, il nous faut exercer une vigilance quotidienne quant aux objets qui entrent (ou pourraient entrer) à la maison. Choisir ceux qui ont « le droit » de rester, et ceux qui vont vite ressortir.

Jeter n’est pas un gaspillage. C’est le signe que nous sommes toujours dans l’approfondissement de notre démarche, que nous nous découvrons encore.

Jeter n’est pas gaspiller. Un jour peut-être, minimalistes expérimentés, nous n’aurons plus besoin de jeter : nous disposerons exactement de ce qui nous est utile et nécessaire. Pas plus.  
Nous ne consommerons alors que le minimum.

Gaspiller, c’est plutôt consommer ou acheter des choses qui ne sont pas utilisées.

Gaspiller, c’est acheter une énième paire de chaussures et la laisser dans sa boîte pendant des années sans les chausser, ou si peu.

Gaspiller, c’est « craquer » pour ces jolies babioles décoratives qui ne nous plaisent que le temps d’une saison.

Gaspiller, c’est accumuler sans raison et sans but de nombreux objets.

Gaspiller, c’est aussi avoir trop.

Prendre conscience

Enfin, cette "aventure minimaliste" nous a permis d’avoir réellement une prise sur notre vie, nos possessions, notre temps, nos choix. 

C’est une école de la prise de conscience. Faire ses courses est par exemple un acte très banal. Mais en étant minimaliste, cela peut devenir amusant, ou assez stressant (voire frustrant).

"Ai-je VRAIMENT besoin de cela?" est la phrase que nous nous répétons chaque jour. Nous nous posons donc toujours la question de nos besoins, de nos désirs, de ce que nous voulons, de ce à quoi nous aspirons : qu’est-ce qui est essentiel? Qu’est-ce qui est utile, inutile, nuisible?. Nous recentrons chaque jour nos priorités.

Nous avons la sensation de reprendre en main notre vie.