Le grand tri

Pièce vidée

Déménager. Aménager.

Entre ces deux moments, le “Grand Tri” nous a fait passer de “bordéliques » amasseurs à “minimalistes économes”.
Cette période a duré presque deux mois.
Chaque jour, nous avons trié, examiné, jeté, donné, vendu…

Nous n’avons pas suivi de méthode, de règle. Nous avons juste essayé de se poser des questions simples sur nos possessions :
– est-ce un objet utile?
– est-ce un objet que nous utilisons?
– un autre objet a-t’il la même fonction? cette fonction est-elle indispensable? Si oui, peut-elle être remplie autrement? (exemple du placard contenant une cocotte-minute, un cuit-vapeur électrique et une marmite)…
– prend-t’il trop de place par rapport à sa fonction?
– est-ce que cet objet existe en double dans la maison?
– est-ce que nous y tenons? si oui, pourquoi?
– est-ce que nous pouvons nous en passer?
– etc.

Nous avions toujours sur le balcon un grand sac poubelle (à jeter) et un gros carton (à donner).
Nous avons vidé notre chambre. Nous avons dormi sur le canapé du salon lors de cette phase de tri. Dans cette chambre vide, nous avons mis, au fur et à mesure, les cartons du déménagement : tout ce que nous avions décidé de garder.

Il y a eu de véritables “séances” : vider la bibliothèque, trier la vaisselle, épurer le stock de linge de maison… Les sacs pleins partaient rapidement (à Emmaüs, à la bibliothèque municipale pour les livres, à la ludothèque pour les jouets…), souvent le week-end.

Mais généralement, le tri se faisait au quotidien. Chaque objet utilisé était tout à coup jugé, soupesé.
Je me maquillais le matin? En 15 minutes, la trousse à maquillage se trouvait allégée : à la poubelle les khöls ou rouges à lèvres périmés, trop gras, pas assez gras, aux couleurs démodées ou plus du tout en accord avec mes goûts.
Nous cuisinions un gratin? C’était l’occasion de choisir quel était LE plat idéal parmi les 4 disponibles.
Nous repassions du linge? Nous faisions un tri des vêtements à donner ou à jeter.

Certains objets partaient très aisément dans la boîte “à donner” ou dans le sac poubelle (si l’objet n’était pas “donnable” : trop abîmé, incomplet, ou trop personnel).
D’autres nous ont donné plus de fil à retordre. Il y a eu de nombreuses hésitations, des discussions, quelquefois animées. Les objets “souvenirs”, surtout, nous ont mis face à certaines contradictions.
Nous avons eu pas mal de scrupules face aux nombreux livres que nous possédions. S’en débarrasser, c’était une vraie coupure : on nous a enseigné un respect des livres, en tant qu’objets, proche du fétichisme. Mais la bibliothèque a été vidée en une semaine : chaque livre est passé entre nos mains. Mais nous en avons conservé pas mal. Lors de l’aménagement, un second tri s’est fait (et un troisième il y a quelques semaines, soit 6 mois plus tard).
Certains objets auxquels on tient, ceux qui ont une “histoire”, les souvenirs, les livres, ne partent pas toujours “en une seule fois”. Il faut un peu de temps, de la réflexion. Et le temps bouillonnant du déménagement ne permet pas toujours de faire ce tri au calme. Il vaut mieux donc, alors, “reporter” le tri, et s’y remettre lorsqu’on est prêt.

Tout y est passé : vêtements, chaussures, bijoux, salle de bains, linge de lit, serviettes de toilette, livres, appareils électronique, électroménager, meubles, jouets des enfants (avec leur autorisation seulement, et toujours avec eux), gadgets, décoration, affaires de camping, etc.

Puis nous avons emménagé.
Appartement clair. Pas grand (pas autant que celui que nous quittions).
Mais résolument zen.
Peu d’objets, peu de meubles. De l’espace.

Nous étions enfin chez nous!

Le pic des objets

 » Si l’on devait la caractériser en des termes mathématiques, la trajectoire de notre civilisation serait une courbe exponentielle. Tout au long du XXe siècle, la consommation d’énergie et de ressources naturelles — et donc logiquement les émissions de gaz à effet de serre — s’est accrue de concert avec la démographie.

Mais aujourd’hui, serions-nous arrivés à un plateau ? Aurions-nous commencé à réduire notre consommation, ou du moins à la stabiliser ? La parcimonie serait-elle en voie de devenir le nouveau luxe ? C’est ce que pressent une récente étude, qui estime que la Grande-Bretagne, pays à l’origine de la révolution industrielle et l’une des nations les plus riches au monde, aurait atteint un seuil maximum d’objets possédés par chaque habitant, avant de voir cette quantité décliner. C’est le « peak stuff » (« pic des objets »), dans la veine du peak oil (pic pétrolier) ou du peak gas (pic gazier).«  Lire la suite de cet article

Voilà le début d’un article d’Audrey Garric, journaliste, publié sur son blog Eco(lo).
Je cherchais depuis quelque temps une expression capable de décrire ou d’expliquer le moment qui a tout déclenché : pour nous, il y a eu un AVANT et un APRES le minimalisme. Mais qu’est-ce qui a fait que nous sommes passés d’un mode de vie très classique et banal à cette recherche (cette quête… ?) minimaliste?
Le « pic des objets » est une expression qui illustre de manière simple et claire le début du processus qui nous a amenés vers cette recherche de la simplicité. L’article d’Audrey Garric traite d’un sujet bien plus large, mais la tendance que la journaliste décrit me paraît être très proche de notre expérience.

Nous avions  atteint une sorte de pic des objets. L’abondance est devenue « trop plein ». « Attention, ça déborde! » dit une publicité…. Nous possédions de tout, beaucoup, trop. Nous ne sommes pas riches, mais seulement habitués à cette opulence de « pays riche », qui fait que nous avons tant sans nous en rendre compte.

Puis, il y a un an environ, divers articles (presse Web essentiellement) retraçant les expériences de ces minimalistes américains qui limitaient leur possessions à quelques centaines ou quelques dizaines d’objets nous ont chamboulés : il y avait donc des gens qui ne possédaient que très peu, volontairement, et qui étaient heureux!

Je ne me suis pas mise à compter tous les objets que je possédais, la tâche aurait été surhumaine 😉
Mais j’ai commencé à regarder mes placards d’une autre façon. Petit à petit, j’ai pris conscience du TEMPS que je passais à utiliser, mais également ranger, nettoyer, déplacer tous ces objets. J’ai réalisé la place qu’ils prenaient dans notre logement et dans notre vie.
J’imaginais ne pas pouvoir « survivre » sans une batterie complète de casseroles (6 casseroles alors que je n’utilise le plus souvent que 2 feux simultanément sur ma cuisinière), mes 30 pantalons, mes 20 vestes, mes 40 T-shirts (et bien sûr je n’avais « rien » à me mettre), mes 35 paires de chaussures (dont la moitié me provoquaient douleurs et ampoules, surtout les plus jolies), mes 600 livres, mon gros panier plein de bijoux fantaisie, ma trousse de maquillage rebondie (je ne mets pourtant qu’un peu de mascara et d’ombre à paupières), les appareils photo (un par « époque » : reflex argentique, compact argentique, 2 ou 3 appareils photo numériques, de plus en plus perfectionnés), les collections complètes de magazines (plus du tout d’actualité bien sûr), les boîtes pleines de photos ou de négatifs… et je ne parle même pas des objets appartenant aux enfants!

Lorsque, quelques mois plus tard, nous avons enfin décidé d’acheter un appartement (afin de cesser de payer un loyer « dans le vide »), le grand tri a pu commencer…